Doit-on vraiment toujours tout montrer ?
Par Benoit S. le samedi, septembre 3 2005, 12:59 - Libre cours à la société - Lien permanent
Ce matin, en lisant La Presse, j'ai eu un gros malaise, page A10.
La légende de la photo, qui fait 1/4 de la page, pleine largeur: Le corps sans vie d'une femme victime de l'ouragan Katrina flotte dans l'eau à proximité du Superdome, à la Nouvelle-Orléans, en Lousiane. Et la photo est explicite, si l'étiquette du chandail de la personne photographiée était sortie, on aurait probablement pu savoir si c'était made in china ou pas.
Ironique, c'est juste au-dessus d'une publicité de Loto-Québec pour une nouvelle loterie donc le slogan est Riez un peu. Une petite colonne de 5 paragraphes contient l'article lié à l'ouragan, Des semaines avant de "vider" la ville de son eau.
Personnellement, je trouve pas vraiment ça drôle du tout.
Je trouve que cette photo est un bel exemple de sensationnalisme inutile, c'est du journal jaune, avec une absence totale de justification. Sommes-nous vraiment obligés de voir le corps qui flotte pour en avoir la conscience ? J'ai voulu vous retrouver la photo, mais elle n'est pas sur le site de cyberpresse. Au moins, une photo comme celle-ci, même si elle montre la réalité crue, aurait été beaucoup moins choquante.
Doit-on vraiment toujours tout montrer dans les médias ? Et surtout, qu'est-ce que cette photo amenait dans cette page ? C'est la dernière page du dossier, la page est occupée presque au 3/4 par une pub, et l'article de la page n'a aucun rapport avec la photo.
J'accuse La Presse de "remplissage cheap". Indigne d'un média qui se respecte.
Commentaires
Je viens de zapper un poste de musique où on censure, lors d'un spectacle d'un groupe que j'aime bien (Systeme of a down), des mots comme «fuck» et d'autres. Ce qui est un peu spécial à écouter.
Donc, si je comprends bien, on peut montrer des corps d'êtres humains morts à la télé (j'en ai vu à TVA) et dans les journaux, mais il ne faut surtout pas que nos chastes oreilles entendent des paroles trop crues?
Bizarre!
Lors de la guerre en Irak, je me souviens très bien avoir vu (à CNN, je crois) des images de soldat en train de tirer en direction d'un ennemi quelconque. Les soldats, il va sans dire, hurlaient obscénités après obscénités. Or, s'il nous était permis de regardaient des soldats oeuvrant à leur emploi (à savoir tuer d'autres êtres humains), il ne nous était pas permis d'entendre ces obscénités. Étrange tout de même que notre sensibilité d'être humain nous permette d'ainsi supporter la mort réelle de personnes aux mains de soldats, mais non quelques mots (je dis quelques mots, mais en fait, il devait s'agir pas mal toujours du même mot) d'un vocabulaire coloré...
Je me souviens l'an dernier lorsque le scandale des prisonniers iraquiens torturés et humiliés par les "gardes" américains faisait la une des journaux. Le Devoir a eu la décence de ne pas montrer les photos de ces humiliations, contrairement à la plupart des journaux québécois. Et de tous un chacun de chercher à voir ces photos. Sans même se poser une seconde la question à savoir si eux aussi, en agissant ainsi, ne participaient pas à l'humiliation de ces prisonniers.