Bonne réplique
Par Benoit S. le vendredi, novembre 11 2005, 14:06 - Libre cours à l'éducation - Lien permanent
À travers la polémique sur le "grand" nombre d'enseignants sans permis d'enseigner, j'avais aussi entendu Jacques Dufresne à l'émission Indicatif Présent dire quelques bizarreries comme celle qu'on avait remplacé une formation disciplinaire par "4 ans de psychopédagogie" (en plus d'en avoir mentionné d'autres aussi). Ayant moi-même vécu cette formation de 4 ans, je me suis dit que c'est toujours plus facile pour quelqu'un de l'extérieur de dire n'importe quoi sur ce qu'on ne connait pas.
Au moins, dans Le Devoir d'avant-hier, un docteur répond au docteur. Ça fait du bien de voir quelqu'un remettre les choses en perspective.
Commentaires
Pour ma part, je ne trouve pas que cette réplique soit si bonne. Je ne crois pas non plus qu'elle mette quoi que ce soit en perspective. Elle sombre dans le même travers que ceux qu'elle dénonce; la caricature et le règlement de compte. Si M. Turgeon y était du temps des certificats, j'y étais également à cette époque. Ce que je constate, c'est que la situation n'a pas évolué depuis; tout le monde se tire dans les jambes et chacun se campe sur ses positions.
On ne trouve rien dans cette réplique sur le problème réel de l'équilibre entre la formation disciplinaire, la formation psychopédagogique et la formation pratique, problème qui n'a pas été réglé avec la réforme de 1994. Le problème actuel n'en est pas seulement un de pénurie et d'accessibilité à la profession bien ce soit également des aspects de la question qui doivent être pris en considération. Dès le départ, le problème de l'équilibre a été soulevé par bon nombre d'universitaires, dont j'étais, du fait que l'on introduisait une double formation disciplinaire soit 30 crédits dans chaque discipline. On a d'ailleurs retiré cette obligation en 2001 pour la concentration français et mathématique.
Pas un mot sur le problème pratique et d'équité que soulève le fait qu'il est facile, lorsque l'on demeure à Hull ou dans l'Outaouais de faire un certificats en Ontario et de se voir reconnaître un droit de pratique au Québec.
On a à peine quelques lignes sur les ajustements à apporter.
Quant à «Un an pour un titulaire de grade universitaire ? Seulement si ces messieurs peuvent convaincre les syndicats de faire de la formation continue une condition de maintien du droit de pratique. » cette manière de poser le problème est tout simplement grossière. D'une part, cela fait fi du fait qu'à l'époque, il a été suggéré de négocier avec les syndicats pour faire en sorte que pour obtenir une année de scolarité supplémentaire et grimper dans l'échelle salariale, il faudrait que les 30 crédits soit faits, soit dans une deuxième discipline, soit en psychopédagogie. Je sais que cette suggestion a été faite, moi-même je l'ai faite. J'ajouterai que j'étais président de mon syndicat à l'époque.
En plus, formulée de cette manière, cette demande serait irrecevable pour les syndicats car elle suppose de remettre en question les brevets permanents de tous les enseignantes et les enseignants qui en sont actuellement détenteurs. Et cela, M. Turgeon le sait parfaitement. Par contre, s'il la reformule en la contextualisant correctement, en disant, par exemple, que cela s'appliquerait uniquement à des impétrants qui ont un parcours atypique et qu'en plus d'une année de psychopédagogie on leur donnerait un permis provisoire débouchant éventuellement sur un brevet en imposant des obligations raisonables, eh bien, ce serait certainement un peu, beaucoup, plus facile. Cela aussi M. Turgeon le sait certainement. Mais, évidemment, poser de cette manière, c'est trop nuancée pour être « punché ».
Non, vraiment, je ne vois pas en quoi cette réplique a apporté quoi que ce soit de constructif ou d'éclairant. Quant au côté mise en perspective, je donne la note E compte tenu que nous sommes ici en présence d'un docteur. Côté réthorique, A+. La question de la formation des maîtres me semble mériter un meilleur traitement que cela.
Est-ce que vous trouvez que j'exagère?
Un peu oui. Mais ce n'est que mon opinion. :-)
Je détaille ici un peu plus en quoi je trouve que ce texte replace les choses en perspective.
Les gens de l'extérieur du milieu de l'éducation (et même ceux à l'intérieur) n'ont souvent aucune idée de la composition du bac de 4 ans. En cela, je trouve que la réplique a l'avantage d'être très claire là-dessus.
Je suis issu de l'enseignement des sciences, et d'une université (l'UQAM) qui a favorisé très tôt l'intégration des formations disciplinaires plutôt que de faire comme le reste des universités au Québec et de proposer simplement une double mineure (chimie-maths, maths-physique, bio-chimie, etc). En ce sens, effectivement, je pense que chacun se campe sur ses positions, mais les dites positions ont peut être évolué avec le temps. Je me rappelle aussi de débats enflammés entre universitaires qui se battaient pour que plus de cours de la discipline X ou Y soient intégrés dans notre bac.
Actuellement, avec le programme de science et technologie qui débute en première secondaire, la nécessité que la formation des enseignants soit bien intégrée, et non un collage de morceaux de formations me semble indispensable. Que l'on reconnaisse correctement les acquis d'une personne ayant suivi une formation de deuxième ou troisième cycle qui veut entrer dans l'enseignement, je suis d'accord. Mais je ne verrais pas pourquoi on couperait au niveau de la formation initiale, surtout au niveau de l'intégration professionnelle (les stages entre autres). On ne peut pas coincer en un certificat d'un an les 32 crédits de cours de didactique et d'insertion professionnelle, en plus des cours des disciplines manquantes (si on prend l'exemple d'un enseignant se destinant aux sciences et technologies). Ce qui fait qu'en pratique, on pourrait probablement faire un pont qui permettrait à quelqu'un provenant d'une autre discipline de "sortir" en deux ans, par exemple.
Je pense bien que cet exemple vaut pour la majorité des disciplines, sauf les langues et les mathématiques. Doit-on "faire différent" pour celles-ci ? Je ne sais pas, je me questionne.
Quant à la question de la formation continue, on retombe dans des débats sur lesquels les positions des différents acteurs (syndicat, patronat, université) me semblent encore plus rigides et campées.
Quant à la "note" donnée, je n'accorderais pas un E+ à l'universitaire en question, pas plus que je ne ferais de même pour ton commentaire. Ils exposent tous deux des positions intéressantes, contrairement à celles de Baillargeon et Dufresne selon moi.